Syndrome de l’imposteur : pourquoi il ronge les multipotentiels
En 2026, on a publié le Baromètre Kmeo, à notre connaissance la première étude sur la multipotentialité en France.
Quand je me suis lancé dans ce projet, très vite, je me suis posé une question.
Est-ce que je suis légitime pour mener cette enquête ?
Je suis pas statisticien.
C'est pas mon métier.
Je suis pas chercheur.
Est-ce que j'allais avoir les compétences ? Est-ce que j'allais avoir la légitimité pour apporter quelque chose de sérieux ?
En travaillant auprès de multipotentiels depuis autant d'années, j'observe que le syndrome de l'imposteur est un sujet qui revient très, très régulièrement. Et il y a des raisons à ça.
Je parle de tout ça dans cette vidéo.
Tu préfères écouter ? La version podcast est tout en bas de la page.
On se juge avec les critères des spécialistes
La première raison, c'est qu'on se juge sur des critères installés dans la société depuis un petit moment. Des critères de spécialistes.
Pour être légitime, il faut avoir travaillé longtemps sur un sujet.
Il faut avoir des diplômes.
Ces fameux diplômes.
C'est pas très agréable de se dire « je suis pas diplômé ». Ou de se faire refuser l'accès à un poste par manque de diplôme.
Quand tu ne peux justifier ni d'une durée sur un domaine en particulier, ni d'un diplôme, tu ressens déjà de l'illégitimité. Et tu en souffres.
Pour moi, l'erreur est là : on juge la profondeur de notre savoir sur un domaine, plutôt que de voir la largeur que notre parcours en zigzag nous a apportée. À force de s'intéresser à de nombreux domaines, on développe un regard différent. Notre capacité à faire des liens peut nous amener à dégager des idées très originales.
Moi, ce que j'observe, c'est qu'on n'apporte pas la même chose qu'un spécialiste. Et c'est tant mieux. Ça ne fait pas de nous des gens moins légitimes pour travailler sur un sujet.
On pense ne rien avoir à apporter quand on débute
Il y a une autre raison. Quand on a un profil comme ça, on s'intéresse à énormément de choses, on aime apprendre. Donc souvent, on se retrouve en position de débutant.
Et on a vite fait de se focaliser là-dessus. Je débute quelque chose, donc j'ai rien apporté. Sur ce domaine-là, j'ai pas un savoir immense.
Sauf que le fait d'être débutant régulièrement nous fait passer cette étape très rapidement. On arrive facilement à apprendre et à savoir beaucoup dans un domaine, en plus en allant piocher dans les liens et les savoirs d'autres domaines.
Combien de fois j'ai entendu des personnes de notre Kommunauté dire :
« Moi, j'ai rien apporté. Ça fait qu'un an que je fais ça. »
Ou deux ans.
Et quand tu vois le niveau qu'elles ont atteint en si peu de temps… Surtout, elles se comparent à des gens qui font ça depuis vingt ans, trente ans. Alors qu'elles sont déjà capables d'enseigner à des gens qui commencent réellement. De partager beaucoup de choses qu'elles ont apprises, qu'elles ont découvertes.
Ce que le Canada m'a appris sur la légitimité
J'ai habité un peu plus d'un an au Canada. Quand je suis arrivé là-bas pour travailler dans le marketing et la communication, on m'a rapidement donné ma chance. On m'a dit :
« OK, vous n'avez pas forcément travaillé exactement dans ce domaine-là. Vous avez travaillé en marketing et communication, dans d'autres secteurs. Mais vous avez des compétences transférables. »
On m'a donné la possibilité de travailler dans une belle équipe, sur divers sujets.
Quand je suis rentré en France et que j'ai postulé, on m'a dit :
« C'est marrant, vous avez une super expérience. Mais vous n'avez pas le diplôme qu'il faut. »
Parce que moi, j'ai un master en informatique.
C'est vraiment une question de critères, cette légitimité.
Suivant là où tu te situes, les critères de légitimité ne sont pas les mêmes. En France, c'est vrai que pendant de nombreuses années, on s'est focalisé sur le diplôme : est-ce que tu as étudié dans ce domaine pour qu'on te donne ta chance ?
Et quand tu es multipotentiel en France, l'image que ça te renvoie, c'est que tu n'es pas légitime si tu n'as pas ce diplôme, ou si tu n'as pas travaillé depuis des années dans ce domaine.Le syndrome de l'imposteur peut avoir un côté sain…
Pour le Baromètre, la question que je me suis posée, c'est : est-ce qu'il faut forcément avoir une certaine légitimité pour travailler sur un sujet ?
J'aurais pu m'arrêter à cette première pensée : « je suis pas chercheur, donc je peux pas mener ce projet ». J'aurais aussi pu me dire que mon envie d'apporter des informations là où il en manque suffisait, et ne rien vérifier de plus.
Ce que j'ai fait, c'est essayer de comprendre d'où il venait, ce sentiment d'imposture. Est-ce que je me sentais pas assez confiant sur certaines compétences, certaines données ? Est-ce que j'avais l'impression de tenir un discours qui n'est pas vérifié par la science ? Dans ce cas, j'avais besoin d'aller chercher ce que dit la recherche avant de m'exposer en public. À ce moment-là, c'est tourné vers l'action.
Alors je me suis formé, pour voir comment on pouvait faire cette enquête proprement. Je suis passé par des amis chercheurs, qui m'ont conseillé certaines approches et m'ont fait corriger certaines questions. J'ai vérifié trente-six mille fois certains aspects du rapport, pour éviter de faire dire aux chiffres ce qu'ils ne disent pas. De tirer des conclusions que je ne pouvais pas tirer.
Ce syndrome de l'imposteur, il est sain dans le sens où il va te pousser à être rigoureux. À bien faire ton travail. À avoir des standards assez élevés. À te remettre en question. Et à aller te former quand tu manques de compétences.
Aujourd'hui, j'ai beaucoup de fierté d'avoir mené ce projet à bien. Et de ne pas m'être arrêté à cette sensation de « j'ai pas les compétences pour le faire ». Ça m'a fait monter en compétences. Ça m'a challengé.… sauf s'il te mène à l'inaction
Il te porte préjudice quand il te laisse dans l'inaction.
Je n'avance pas.
Je ne fais rien.
J'attends d'avoir un sentiment de légitimité pour faire quelque chose.
« Mon Dieu, je me sens illégitime sur la question, donc je m'arrête. Et tant que j'aurai pas fait x années d'études, je pourrai pas en parler. »
Et là, ça peut être un piège. Parce que dans l'absolu, toute ta vie, tu peux te sentir illégitime. Donc toute ta vie, tu peux rester dans l'inaction.
J'ai croisé énormément de personnes, par exemple lors de ma formation de coaching, qui se sentaient déjà illégitimes pendant la formation. Une fois leur certification en poche, elles se sentaient illégitimes parce qu'elles n'avaient jamais vraiment coaché de personnes à l'extérieur. Ensuite, même en coachant des particuliers sur des aspects plus personnels, elles allaient peut-être se sentir illégitimes pour coacher des chefs d'entreprise.
Ça peut être à l'infini. Un cercle vicieux qui peut te faire faire des études toute ta vie, à te demander quand est-ce que tu vas enfin te sentir légitime.
J'ai tendance à dire qu'il n'y a que les imposteurs qui ne ressentent pas le sentiment d'imposture. Donc à la base, c'est plutôt un bon signe.
Refaire la liste de tes réalisations probantes
On a cette chance, je le dis souvent, d'accompagner des personnes qui s'intéressent à énormément de choses et qui vont souvent vraiment en profondeur.
Un multipotentiel, en tout cas tel qu'on le voit chez Kmeo, ce n'est pas quelqu'un qui passe d'un sujet à un autre sans creuser. Ce sont des personnes qui vont, avec beaucoup d'enthousiasme, s'investir profondément dans des sujets. Et je trouve ça dommage que ce sentiment d'illégitimité les empêche, de temps en temps, de concrétiser des choses qui leur tiennent à cœur.
On a un discours interne qui peut être assez violent. Il nous donne une image de la réalité complètement irréelle. Il nous fait croire qu'on n'est pas assez bon, qu'on n'en fait pas assez, qu'on n'a pas les compétences, qu'on n'a pas les diplômes.
Mais quand on essaie de voir les choses de manière objective, quitte à aller demander aux gens avec qui on travaille, l'image qui revient est tout autre. Quelqu'un qui mène des choses. Qui arrive à les mettre en place. Qui participe à des projets et qui apporte des compétences et une énergie différentes de celles des personnes qui font ça depuis des années.
Ça fait du bien de se le rappeler.
Dans nos accompagnements, on a un exercice qui arrive assez tôt : refaire la liste des réalisations probantes, c'est comme ça qu'on l'appelle. Les choses que tu as mises en place. Celles dans lesquelles tu as eu des résultats. Celles dont tu es fier. Puis tu regardes le rôle que tu y as joué : qu'est-ce qui a avancé grâce à ton travail ?
Souvent, on voit cette prise de conscience :
« Oh mon Dieu, j'ai fait plein de trucs. Et surtout, j'apporte réellement quelque chose. »
Des projets, je les fais avancer. Les gens apprécient mon travail. Il y a des rôles que je prends dans des projets, et si j'avais pas pris ce rôle-là, le projet n'aurait pas avancé.
Se remémorer ça, se le rappeler, ça gomme une partie de ce sentiment d'imposture.
Si tu te sens illégitime en ce moment, tu peux commencer par là.
Et si une compétence ou une information te manque vraiment pour ton projet, va la chercher. Demande un avis, creuse le sujet. C'est très différent d'attendre qu'on te donne la permission d'avancer :
« Est-ce que vous pouvez me dire si je suis légitime ? »
« Est-ce que vous pouvez me donner un papier ? »
« Est-ce que vous pouvez me dire que j'ai raison de creuser ce sujet ? »
Le piège, c'est que tu restes dans l'immobilisme. Et que tu passes à côté de projets qui t'auraient porté, dans lesquels tu aurais pu vraiment faire avancer le sujet.
Pour résumer
- On se juge avec des critères de spécialiste : la durée, le diplôme, la profondeur. Rarement la largeur que notre parcours en zigzag nous a apportée.
- On se compare à des gens qui font ça depuis vingt ans, alors qu'on est déjà capable d'enseigner à ceux qui commencent.
- La légitimité est une question de critères, et ces critères changent selon l'endroit où tu te trouves.
- Le syndrome de l'imposteur peut être sain quand il te pousse à être rigoureux et à te former. Il devient un piège quand il te laisse dans l'inaction.
- Refaire la liste de tes réalisations probantes gomme une partie de ce sentiment.
À toi !
Qu'est-ce que ce sentiment d'imposture t'a déjà empêché de faire ?
Viens en parler avec nous dans la Kommunauté.
Pour aller plus loin, écoute l'épisode où Blandine, psychologue, décrypte le syndrome de l'imposteur, et notre Thé ou Kfé sur comment surmonter le syndrome de l'imposteur.

Et si tu étais multipotentiel ?
18 questions pour mettre des mots sur ta façon de fonctionner, sans t'enfermer dans une case.
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